39.

 

Sture Birgersson était revenu de son voyage intersidéral. Il n’était guère bronzé, mais il ne l’était jamais, après ses vacances secrètes. On était le 26 décembre.

Peut-être est-il resté en ville, après tout, pensa Winter en prenant place face au chef de la brigade criminelle.

Birgersson contemplait son adjoint à travers la fumée de sa cigarette.

— Noël s’est bien passé ?

— Parfait.

Birgersson fit tomber sa cendre, s’éclaircit la voix avec précaution et indiqua les documents posés sur le bureau.

— Intéressant, dit-il.

— Comment cela ? répliqua Winter en allumant un cigarillo – il n’aimait pas la fumée de cigarette, et ne l’avait jamais aimée.

— Ça se barre un peu dans tous les sens, mais bon. J’ai particulièrement aimé la retranscription de ta conversation avec Lareda. Une fille intelligente – Birgersson fit tomber sa cendre. Peut-être un peu trop.

— Comment ça, Sture ? Ce ne sont que des idées, des hypothèses. À nous d’en tirer parti.

— Alors ? Tu en as tiré parti ?

— Pas encore. Ça fait un sacré paquet.

— Ça part un peu dans tous les sens, comme je le disais. Cette histoire d’uniforme… c’est intéressant, mais je crois que la prudence s’impose.

Birgersson écrasa son mégot et jeta un regard désapprobateur au cigarillo de Winter.

— Il n’y a pas de risque de fuites dans la presse ?

— De qui viendraient-elles, Sture ?

— Les journalistes adoreraient ça, affirma Birgersson sans répondre à la question de Winter. Ils a-do-re-raient.

Il contemplait le rapport d’enquête étalé sur le bureau. En temps normal, la table de travail de Birgersson était absolument vide. C’était une particularité chez lui, qui trahissait peut-être autre chose, de plus grave. En temps normal, il lisait à sa fenêtre, dans son fauteuil. Rien sur la table, jamais. Mais pas maintenant. Peut-être s’était-il passé quelque chose dans les espaces intergalac…

— Exactement de la même manière que certains sont apparemment capables d’aimer cette prétendue musique. C’est tout aussi tordu – Birgersson esquissa un sourire. De ce point de vue, on peut dire qu’ils se ressemblent. Les journalistes et les rockeurs de la mort.

— Tu les appelles les rockeurs de la mort ?

— Les rockeurs noirs si tu préfères. Je sais que ça s’appelle Black metal, mais ici, devant toi, je les appelle comme je veux. Je suis un peu curieux de ce prophète, Habakuk. Sais-tu des choses sur lui, en dehors de ce qui figure dans ce rapport ?

— Pas vraiment. Ce que tu vois là est tiré de l’Encyclopédie biblique de Suède.

— Le trait le plus marquant, concernant ce prophète, c’est qu’il n’avait apparemment rien de remarquable.

— Oui. Il était très discret sur sa vie privée.

— C’est une qualité, assura Birgersson. On ne sait presque rien sur Habbe et encore moins sur sa fille. Il en avait une ?

— Je viens de renvoyer Halders au cinquième siècle avant Jésus-Christ pour vérifier ce point précis.

— C’est bien. Halders a besoin de sortir un peu. D’après ce document – attends, je vais le lire à haute voix – Habakuk exerçait la profession de prophète au temple de Jérusalem. Il était lévite. Un ange l’aurait traîné par les cheveux depuis la Palestine pour qu’il apporte des vivres à Daniel dans la fosse aux lions. Cette information est entièrement dénuée de valeur historique.

— C’est là qu’intervient Halders.

— En y réfléchissant, je ne pense pas que le cinquième siècle soit prêt à l’affronter. Halders risque d’y semer le chaos.

Birgersson eut un rire bref, râpeux.

— Peut-être ne serions-nous même pas assis ici maintenant si Halders avait eu la possibilité de sévir il y a deux mille six cents ans. Ça me rappelle autre chose, entre parenthèses.

Birgersson se leva en étirant ses longues jambes. Il trônait au-dessus de Winter, éclipsant la lumière du 26 décembre. Une silhouette gigantesque. Winter l’imaginait très bien, barbu, chevelu, avec un long caftan lui arrivant aux chevilles, tenant des rouleaux de parchemin. Ou des tablettes de pierre. Habakuk avait reçu un message du Seigneur. « Et le Seigneur me répondit, et il dit : Écris ta vision, note-la sur des tablettes, d’une écriture nette, afin qu’elle puisse être lue facilement. »

Le livre de Habakuk. Winter avait pensé à Ringmar, et à ce qu’il avait dit à propos du mot rubrique. C’était lié.

Le mal sera vaincu, même s’il semble éternellement vainqueur ; voilà ce qu’avait voulu dire le prophète. L’histoire possède toujours un sens pour celui dont le regard porte au loin, et qui évalue les événements à l’aune de la foi. Le nom Habakuk pouvait signifier « nain ».

Birgersson prononça quelque chose.

— Oui ?

— On sera neuf responsables réunis au 31 décembre, et j’en ferai partie. Je le sais depuis un moment, mais cela n’influence en rien ton travail.

— Non.

— Je dois reconnaître que j’ai envisagé de te demander de me remplacer pour l’occasion.

Birgersson s’était rassis. Les cheveux longs et la barbe avaient disparu.

— Pour souligner le fait que tu es aussi important que moi. Mon représentant, sur un pied d’égalité. Mais par rapport à cette affaire, je crois que cela aurait été une mauvaise idée.

— Trop de choses qui partent dans tous les sens ?

— Tu réfléchis bien à ton domicile, Erik. Tu le feras certainement très bien pendant la fête du siècle à Göteborg.

— La fête du millénaire.

— Oui. Je me réjouis déjà à l’idée de la célébrer avec Madame la chef de police.

— Vous ne serez pas seuls, précisa Winter.

Il les imaginait parfaitement : les neuf conjurés dans la salle de réunion spéciale du commissariat ; les neuf chefs choisis au sein des différentes brigades avec pour tâche d’assister la centrale de communication au cours de cette nuit exceptionnelle. C’était un sacrifice au sommet, la preuve que la direction suprême plaçait le travail avant les réjouissances.

— Ce sera intéressant, dit Birgersson. Après coup je pourrai dire que j’y étais.

— Je penserai à toi à minuit. J’espère que l’électronique tiendra le coup.

— C’est pour ça que nous serons réunis, dit Birgersson.

Winter éclata de rire.

— Et toi, où seras-tu au douzième coup magique ?

— On dîne à la maison. Ma mère est en visite. Angela, maman et moi. Le calme et la tranquillité.

— Ce n’est peut-être pas plus mal… avant l’heureux événement. Angela va bien ?

— Elle bosse, et elle se plaint plus que jamais de son boulot. Alors oui, tout va bien.

— Parfait. Tu sauras donc où me trouver quand le carnaval explosera dans un crescendo d’allégresse.

— J’espère que tout le monde saura gérer sa joie, confia Winter.

— Sincèrement, je crois que ce sera une nuit éprouvante pour les gars sur le terrain.

— Il y a pas mal de filles aussi dans les patrouilles.

— Oui, bon, tu vois ce que je veux dire.

Birgersson alluma une deuxième cigarette. Winter pensa au gardien, le fumeur en série. Birgersson essayait peut-être de réduire sa consommation.

— Comme nous l’avons déjà déclaré mille fois, la seule chose qui nous arrête dans ce travail, c’est le manque d’imagination. Mais ici, dans ce cas précis, c’est comme qui dirait l’inverse. L’imagination coule à flots, à tel point que nous sommes obligés de la retenir. Le matériau est… énorme. Toutes ces pistes qui vont peut-être dans la même direction, mais pas nécessairement.

Le visage de Birgersson semblait soudain plus lourd, plus vieux.

— Ce salaud est plein de fantaisie. Il fabrique comme des fortifications qui prennent plus de place que l’action proprement dite. Tu me suis ?

— Je te suis. C’est intéressant.

Il était sincère. C’était l’enquêteur Sture Birgersson qui raisonnait maintenant à haute voix.

— L’espace d’un instant, on croit que ce n’est pas arrivé. Tu vois ? Ce sentiment-là ? Si on veut avancer, on doit revenir à un autre sentiment, en deçà de celui-là. Essayer de réfléchir indépendamment de ces… traces. Ces messages.

— Je te suis.

— Tu crois qu’il se fiche de nous, Erik ? Dans le sens où tous ses messages seraient des faux ?

— Précise ta pensée.

— Qu’il pourrait s’agir d’une œuvre d’imagination qui n’a rien à voir avec l’acte. Quelque chose qu’il a ajouté après coup. Une désinformation consciente.

— Non.

— Moi non plus, en réalité. Mais on manque d’éléments. On a des indices, des taches, des empreintes, mais rien avec quoi les comparer. Le groupe de Beier possède du sperme de première qualité, mais ce n’est pas suffisant.

— Je ne peux malheureusement pas encore te livrer un suspect.

— Je me contenterais de quelqu’un à interroger.

— Je n’en ai pas sous la main.

— Alors on compte sur AFIS ?

— Oui.

On en avait eu des exemples par le passé. Quelqu’un se faisait arrêter dans un tout autre contexte, et AFIS, le système informatique d’empreintes digitales, relevait la coïncidence et donnait l’alerte. Dans ce cas, l’affaire serait résolue.

— Que dit le groupe ? demanda Birgersson. Quelqu’un s’est-il plaint de ce que l’enquête traînait en longueur ?

— Pas à ma connaissance.

— Nous n’avons pas à faire à un meurtrier en série, n’est-ce pas ?

— On le saura si on a une série.

— On n’a plus de serial killers en liberté dans ce pays.

— Si tu le dis.

— Je le dis. Je suis prêt à le répéter.

— Hmm.

— Il faut commencer quelque part. Ces autres couples. Tu ne pourrais pas les traîner ici et leur braquer une lampe dans la figure ? Il y a des choses à éclaircir.

— Plutôt un flou dans leur attitude, rectifia Winter. Ça peut tenir à beaucoup de choses. Un manque d’assurance face à la police, par exemple. Ou l’effroi.

— Exploite-le.

— Je le fais à ma manière.

— Ils semblent avoir eu un passé assez fade. Les Valker.

— Bof…

— Quelques allusions poisseuses, mais rien de vraiment juteux.

— On verra bien.

— Tu as dit que tu rendrais toi-même visite à sa mère. La mère de Louise. À Kungsbacka. Tu n’es pas satisfait des entretiens qui ont été menés avec elle jusqu’à présent.

— J’y vais jeudi.

Bergenhem construisait une lanterne de neige dans son jardin, avec l’aide d’Ada. Il la construisait, elle la démolissait.

— Il nous faut une ouverture pour la lumière, déclara-t-il.

Il avait neigé pendant la nuit. La neige était encore malléable. Une nuit de plus, et elle gèlerait. La lanterne aurait peut-être une chance de durer.

Martina sortit avec une tasse de sirop chaud.

— Iro ! s’écria Ada.

Il repoussa les cheveux de son front.

— Ça a lâché ? demanda Martina.

— Je n’ai rien senti cette nuit.

— Et maintenant ?

— Juste un peu quand je me penche.

Elle n’ajouta rien. Il savait qu’elle voulait qu’il aille voir un médecin. Non. Ça allait s’arranger. Il était simplement… angoissé. Veille du Nouvel An. La fête des fêtes. Il était de repos. Tant mieux. Il serait sobre, il regarderait le canal quand le plus grand feu d’artifice de l’histoire de la ville ferait exploser le ciel. Tout le monde serait sur le pont, et il serait là lui aussi. Si personne n’avait besoin de lui sur un autre front.

Ada était fatiguée. Ils rentrèrent. La nuit tombait. Ada s’endormit pour sa sieste.

Lorsqu’elle se réveilla, il alla dans le jardin allumer la lanterne et ils s’assirent à la fenêtre. Le vent soufflait, mais la mèche tenait bon. Un autre coup de vent la balaya ; il sortit la rallumer. En une heure de temps le froid s’était installé.

La nuit, il rêva de visages qui tournoyaient. Il en reconnaissait deux. Il y avait de la musique qu’il n’avait jamais entendue. Il était en colère contre quelqu’un et la douleur ne voulait pas disparaître. Quelqu’un s’approchait de sa tête.

Il se réveilla ; c’était pire que jamais. Il se leva, avala trois aspirines avec un demi-verre d’eau et s’allongea pour attendre que les comprimés agissent.

Un plomb avait sauté et personne pour endosser la responsabilité. Rien à faire sinon descendre à la cave et vérifier les plombs à tâtons, un par un.

Dans le hall de l’immeuble, il croisa le policier. Tiré à quatre épingles, comme s’il allait dîner en ville. Il hocha ta tête, tira une taffe. Les enquêteurs travaillaient-ils entre Noël et le jour de l’an ? Le criminel ordinaire prenait sûrement quelques jours de congé, lui aussi. Pas envie de préparer des coups fumants, plutôt envie de rester au chaud et de se la couler douce. Comme lui, jusqu’au moment où il avait fallu y aller.

La lumière était revenue dans le réduit qu’il appelait son bureau. Cela signifiait qu’un tiers au moins des appartements du dessus avaient de la lumière. Il jeta un coup d’œil dans l’escalier ; noir d’encre. Il continua à tâtonner. La lumière s’éteignit, mais se ralluma tout de suite.

Soudain il sentit une odeur.

Il s’enfonça dans le réduit qui était tout de même suffisamment grand pour qu’on ne puisse pas voir les recoins, surtout que l’éclairage n’avait jamais été fameux. Il n’y allait pas souvent. Ce n’était pas sa maison. Dans son immeuble à lui, il se passait de sacrés trucs.

Ici, c’était l’immeuble de l’enquêteur, alors forcément, il ne pouvait pas se passer grand-chose.

Sur le banc, à côté d’un serre-joint, il découvrit une boîte de chez MacDonald’s et une bouteille de soda à moitié vide. Il jeta un coup d’œil à l’intérieur de la boîte : quelques feuilles de salade, des taches de ketchup et de mayonnaise. Il restait un peu à boire, mais il n’en voulait pas, merci beaucoup.

Qui venait manger ici ? C’était un cagibi sympa, mais pas franchement un restaurant.

C’était la première fois qu’il voyait un truc pareil. Premièrement, le cagibi était fermé à clé. Il alla vérifier la serrure, il n’y avait aucune marque. Quelqu’un était entré avec une clé ou un passe ou un bout de fil de fer. C’était possible.

Un gamin ? Pourquoi un gamin prendrait-il la peine de s’introduire ici pour manger son hamburger ? C’était peut-être mieux que la cantine ? Non, c’était vraiment bizarre.

Il vida le soda dans l’évier et rangea la bouteille dessous. On ne jetait pas du verre consigné. Les boîtes de hamburgers vides par contre… il s’en débarrassa dans le grand sac poubelle noir près de la porte.

Ombre et soleil
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